Le chantier est terminé depuis trois semaines. Le client était content, il vous a même remercié le dernier jour. Et la facture n’est toujours pas payée. Vous n’osez pas le relancer : vous ne voulez pas passer pour quelqu’un de pressant, et vous espérez qu’il vous rappellera pour d’autres travaux. Alors vous attendez.

Beaucoup d’artisans pensent qu’une relance abîme la relation. C’est souvent l’inverse. Une relance rapide et polie, c’est un simple rappel : un retard vient souvent d’un oubli ou d’un courrier égaré. Une relance qui arrive après deux mois de silence, en revanche, arrive avec de l’agacement des deux côtés. Et c’est là que le client se braque.

Avant de relancer : ce que votre facture doit déjà dire

Une bonne relance commence le jour où la facture part. Si la date de paiement n’est pas claire, le client peut toujours dire qu’il ne savait pas.

  • Votre client est un particulier. Sauf accord différent, le paiement est dû tout de suite, à réception : c’est le « paiement comptant ». Écrivez la date limite noir sur blanc sur la facture, ou rappelez les conditions de votre devis signé.
  • Votre client est un professionnel. La facture doit indiquer la date de paiement, les pénalités de retard et l’indemnité forfaitaire de 40 € pour frais de recouvrement. Ces pénalités ne peuvent pas être inférieures à trois fois le taux d’intérêt légal (8,25 % selon la fiche officielle à jour). À défaut d’autre taux prévu, le taux est celui de la Banque centrale européenne majoré de 10 points, soit 12,40 % pour le second semestre 2026.

Ces mentions ne sont pas de la décoration. Leur absence dans vos conditions générales de vente peut être sanctionnée par une amende administrative allant jusqu’à 75 000 € pour une entreprise individuelle. Et surtout, une facture complète vous donne de quoi appuyer votre relance le moment venu.

Les étapes d’une relance qui garde le client

La loi n’impose aucun calendrier de relance. Voici celui que je trouve le plus juste : ferme sur le fond, aimable sur la forme.

  • Quelques jours après l’échéance : un rappel courtois. Un mail court, sans reproche. Par exemple : « Bonjour Monsieur Martin, sauf oubli de ma part, je n’ai pas encore reçu le règlement de la facture n° 2026-118 du 3 octobre. Je vous la remets en pièce jointe. Bonne journée. » La formule « sauf oubli de ma part » laisse au client une porte de sortie élégante.
  • Une semaine plus tard : un appel. Le téléphone règle beaucoup de choses. Le client vous dit souvent ce qui bloque : une réserve sur un détail du chantier, une trésorerie serrée ce mois-ci, une facture partie au mauvais service. S’il conteste quelque chose, réglez d’abord ce point avec lui : relancer une facture contestée ne sert à rien.
  • Si le client a du mal à payer : proposez un échéancier. Deux ou trois versements valent mieux qu’un impayé. Demandez-lui de confirmer par écrit, même par mail : « Je vous dois bien 3 200 €, je vous propose de payer en deux fois. » Gardez précieusement ce message, je vous explique plus bas pourquoi.
  • Si le silence continue : un écrit plus ferme. Rappelez la facture, la date d’échéance dépassée, le montant, et, pour un professionnel, les pénalités prévues. Restez factuel. Pas de menace, pas d’ironie.

Un conseil tiré de la fiche officielle : prévenez aussi la personne qui prend les commandes. Il serait dommage de lancer un nouveau chantier pour un client qui ne vous a pas payé le précédent.

La mise en demeure : le dernier avertissement avant la justice

Si les relances n’ont rien donné, la mise en demeure est l’étape suivante. Elle n’est pas obligatoire dans la plupart des cas, mais elle change le ton : c’est une demande formelle de payer.

Elle peut prendre trois formes :

  • une lettre recommandée avec accusé de réception, rédigée en termes clairs : montant, facture concernée, délai pour payer, et ce que vous ferez ensuite ;
  • une sommation remise par un commissaire de justice (l’ancien huissier), plus impressionnante mais payante, donc peu adaptée aux petites sommes ;
  • une clause de votre contrat qui prévoit que le simple dépassement de la date vaut mise en demeure.

Ce qu’elle déclenche dépend de votre client :

  • Face à un particulier, les intérêts de retard au taux légal courent à partir de la mise en demeure (article 1231-6 du Code civil). Sans elle, ils ne courent pas.
  • Face à un professionnel, les pénalités de retard courent dès le lendemain de la date de paiement, sans aucun rappel. L’indemnité de 40 € est due une seule fois par facture.
  • Si vous êtes sous-traitant, vous devez d’abord mettre en demeure l’entreprise principale, avec une copie au maître d’ouvrage. Vous ne pouvez vous tourner vers le maître d’ouvrage qu’un mois plus tard, si vous n’êtes toujours pas payé.

Si rien ne bouge : les solutions sans avocat

Deux procédures existent pour récupérer votre argent sans procès long ni avocat obligatoire.

  • La procédure simplifiée de recouvrement des petites créances, pour une somme de 5 000 € maximum. Vous confiez le dossier à un commissaire de justice, qui invite votre client à payer. Le client a un mois pour répondre. S’il accepte, le commissaire de justice délivre un titre qui permet ensuite, si besoin, une saisie sur son compte. Le coût reste modeste : 14,92 € TTC de frais de dépôt, puis 29,76 € TTC pour le titre, non dus si la démarche échoue, et des émoluments si le client paie. Attention : les factures entre commerçants en sont exclues. Une procédure équivalente pour ces factures est annoncée au plus tard pour le 31 décembre 2026, mais à la mi-octobre 2026, elle attendait encore son arrêté.
  • L’injonction de payer. Vous déposez une demande au tribunal, avec la facture et vos relances. Le tribunal judiciaire est compétent face à un particulier, sans frais de greffe. Le tribunal de commerce (ou des activités économiques) l’est lorsque vous et votre client êtes tous deux commerçants, avec 33,47 € de frais de greffe. Votre client peut contester dans le mois qui suit la remise officielle de la décision. Depuis le 1er septembre 2026, cette décision doit lui être remise dans les 3 mois, contre 6 auparavant.

Pour un artisan, la fiche officielle ne précise pas quel tribunal choisir face à un client professionnel. Dans ce cas, posez la question au greffe avant de déposer votre demande.

Ce que ça change concrètement

Attendre ne coûte pas seulement de la trésorerie. Le vrai risque, c’est de perdre le droit de réclamer.

  • Face à un particulier, vous n’avez que deux ans. L’action d’un professionnel pour les travaux fournis à un consommateur se prescrit par deux ans (article L218-2 du Code de la consommation). Passé ce délai, même une facture juste ne peut plus être réclamée en justice.
  • Entre professionnels, le délai est en général de cinq ans (article L110-4 du Code de commerce).
  • La mise en demeure n’arrête pas ce compteur. Beaucoup de sites affirment le contraire. Or le Code civil ne cite que trois causes qui interrompent la prescription : la reconnaissance de la dette par le client, une demande en justice et une mesure d’exécution (articles 2240, 2241 et 2244). D’où l’intérêt du mail où votre client écrit « je vous dois bien cette somme » : il peut valoir reconnaissance.
  • Votre trésorerie paie la différence. Pendant que la facture dort, vous avez déjà payé les matériaux, vos cotisations et parfois un sous-traitant.

Comment je traite ce sujet chez mes clients

Je relance à votre place, avec tact. Concrètement, je repère chaque semaine les factures arrivées à échéance, j’envoie le premier rappel, puis je vous préviens quand un appel de votre part sera plus utile qu’un mail de plus. Vous gardez la décision sur les cas délicats : un échéancier, une mise en demeure, un client fidèle à ménager.

Chez un de mes clients, artisan des travaux publics, les factures attendaient parfois plusieurs semaines. Aujourd’hui, elles partent chaque semaine, et les relances sont faites avec régularité.

Je vérifie aussi que vos factures portent les bonnes mentions dès le départ. L’IA m’aide à aller vite, et c’est moi qui relis tout avant envoi.

Par où commencer

Ouvrez votre liste de factures et repérez celles dont la date est dépassée. Pour chacune, notez si le client est un particulier ou un professionnel, et depuis quand elle attend. Une facture à un particulier pour des travaux finis il y a bientôt deux ans passe en tête de liste.

Le diagnostic est offert : 15 minutes au téléphone, puis un résumé écrit avec 3 points à corriger et 1 chose à faire tout de suite. Il vous sera utile, que vous continuiez avec moi ou non.

Réserver mon diagnostic offert

Vous préférez appeler ? 06 50 94 30 40. Si je suis chez un client, laissez un message, je vous rappelle.

Sources : entreprendre.service-public.gouv.fr, fiche F38586, « Recouvrement amiable : relance et mise en demeure de payer » ; entreprendre.service-public.gouv.fr, fiche F23211, pénalités de retard entre professionnels (vérifiée le 7 août 2026) ; entreprendre.service-public.gouv.fr, fiche F38307, procédure simplifiée de recouvrement des petites créances (vérifiée le 16 octobre 2026) ; entreprendre.service-public.gouv.fr, fiche F38156, injonction de payer (vérifiée le 1er septembre 2026) ; Code civil, articles 1231-6, 1344 à 1345-3, 2240, 2241 et 2244 (Légifrance) ; Code de la consommation, article L218-2 ; Code de commerce, articles L110-4, L441-10, L441-16 et D441-5 (Légifrance) ; Code des procédures civiles d’exécution, article L125-1 (petites créances).

Cet article est informatif et ne remplace pas un conseil juridique ou comptable. En cas de doute sur votre situation, rapprochez-vous d’un professionnel du droit ou de votre expert-comptable.